Pierre Brunet est né en Suède, Et s’il n’y a passé que ces quatre premières années, il semblerait que cela est marqué sa trace. Son travail actuel ne peut être évoqué sans souligner sa persistance, presque vécue comme une opiniâtreté, à faire chaque année depuis quatre ans, une résidence de deux mois en Finlande à Jyväskylä. Et de choisir le mois de mai ou la mi-septembre, période brève de régénération de la nature et du soleil d’automne en Scandinavie. Y a t il vu un essentiel que nous appelons aujourd’hui écologie et qui est de travailler avec la nature ou plus exactement une alliance et un dialogue avec cette materia prima dont Pierre Brunet a ressenti les composantes profondes de la nature, liées à des résurgences familiales. Parallèlement, son travail se nourrit d’autres inspirations : les poèmes de Thomas Tranströmer, prix Nobel de Littérature en 2011, la lecture du philosophe américain William James sur la vérité par l’expérience et son admiration pour la pratique du cinéaste Stan Brakhage, pionnier de l'abstraction expérimentale. Chaque année, Pierre Brunet part ainsi seul pour une marche aléatoire à travers une forêt inconnue - le plus souvent dans les pays du Nord ou de l’Est de l’Europe, à Jyväskylä en 2016 et, en 2017, à Las Wolski en Pologne. Il y choisit une clairière et délimite avec une cordelette un carré de 15 mètres carrés. De ce site il fait son oeuvre. Dissolves Spaces est le titre des différentes pièces exposées à Montrouge sous la forme d’une installation et de toiles peintes, fragments pluriels de cette quête, presque des relevés topographiques mais en aucun cas de simples constats. Pierre Brunet y interroge différents médiums : film super 8 tournant en boucle, gravures d’empreintes de sol, élément naturel prélevé sur place comme mémoire du lieu, souvent un lichen. Il exhume alors, pressent et invoque une symbolique archétypale de l’espace montré. Il compose successivement avec le cinéma, la gravure, la sérigraphie, qui aborde, par des techniques toujours analogues des questions de représentation : par l’optique, les dynamique rétinienne, les énigmes liées aux confusions visuelles. De son voyage en Arctique, l’artiste ajoute une série de toiles, techniques mixtes sur sérigraphie avec des zones de couleurs, résultat de la distorsion de VHS de lumière tournées dans un format amateur familial. Les superbes variations qu’il nous propose là sont essentiellement un dialogue avec une mémoire de la lumière. Cette tonalité de l’expérience lumineuse et de son éblouissement demeure une constante chez cet artiste qui propose, par ses souvenirs topographiques hallucinatoires, une réflexion étendue sur la représentation et le cinéma. Pierre Brunet signe ainsi l’espace, le désigne et y inscrit toute une sémantique liée à la mémoire.

Françoise Docquiert

Pierre Brunet est diplômé de l’Ecole Estienne (DMA gravure en 2010) et de l’Ecole nationale des Beaux Arts de Paris en 2015 (atelier de Jean Michel Alberola). Il a suivi différentes résidences qui se sont terminés par des expositions : à la galerie TCA Studio à Houston, Texas, et au Center of Printmaking, à Jyväskylä en Finlande. Après neuf mois à Berlin et une exposition collective à Plittered Planes, Gallery Dada Post, il vit et travaille aujourd’hui à Paris.

15m Carré, 2016
Gravures, boîte de taxidermie, film Super 8 inversible couleur À travers son projet de recherche « Dissolve Spaces », initié au cours d’une résidence en Finlande en 2013, Pierre Oscar Brunet s’intéresse à la représentation du processus de remémoration et à l’esthétique du souvenir. C’est au cours de marches aléatoires au sein de la forêt de Jyväskylä, que l’artiste accède à une clairière qui détermine le cadre d’une véritable introspection filmique, point de départ du processus qui sert à faire émerger les fragments d’images mémorielles qu’il recherche. En rapport à la longueur du film contenu dans une boîte de Super 8, ce film présente un travelling extérieur autour d’un périmètre délimité de 15m2 dans l’espace naturel. Une fois recomposé dans l’espace d’exposition avec le plus d’exactitude possible, cette reconstitution n’en est pas moins un souvenir abstrait et illusoire, témoin de la nature éphémère de la mémoire.